La Mama du centre commercial

La Mama du centre commercial

Je vois cette poussette toute rutilante, toute rose et je jette un coup d’œil dedans, machinalement. Le bébé est minuscule, il n’a même pas une semaine. Mes yeux remontent jusqu’à celle qui pousse la poussette et je la vois, très maquillée, son ventre est encore tout rond, il y a une ceinture qui le tient serré.
Automatiquement, des pensées très jugeantes fusent dans mon esprit : «Quelle inconsciente, on ne vient pas avec un si petit bébé dans un centre commercial ! Elle devrait être dans son lit ! Et regardez-moi ce maquillage ! Et ce pauvre ventre tout comprimé ! »
Je n’ai même pas conscience que je la juge, je suis tout entière prise dans mes jugements.
Elle continue son chemin, moi le mien. J’imagine que mes sourcils étaient froncés, que tout mon non verbal manifestait ce qui se passait en moi…
Je te juge, Mama, je suis désolée … Comment as-tu vécu cela ?

La vie me donne la chance de m’approcher un peu de ce que j’aimerais vivre. Je croise une seconde fois la poussette rose, le minuscule bébé et sa maman. Cette fois, nous sommes dans les rayons alimentaires, je la vois faire des kilomètres à pied dans cette Migros MMM, immense. Je pense à son plancher pelvien qui est en train de prendre cher. Je vois cette petite fille qui a les éclairages violents dans les yeux. Je vois que je me sens triste parce que j’ai tellement à cœur que l’arrivée de la vie sur terre se fasse dans la plus grande douceur, pour les mamans et pour les bébés.
Je t’observe Mama, je crois même que je te dévisage, je suis désolée Mama… Comment as-tu vécu cela ?

La vie me donne la chance de m’approcher encore un peu plus de ce que j’aimerais vivre. Je croise une troisième fois la poussette rose dans le centre commercial. La maman est maintenant assise à la table d’un fast food, la minuscule petite fille dans les bras, en face d’un jeune homme qui doit être le papa. Cette fois, dans ma tête je me relie spontanément à cette femme. « C’est peut-être leur première sortie à trois… Elle se sent peut-être tellement seule avec sa petite à la maison depuis quelques jours. Elle a peut-être besoin de voir du monde. Elle se sent peut-être vivante dans cette agitation du centre commercial. Elle retrouve peut-être le cours “normal“ de la vie, qu’une naissance vient souvent faire voler en éclats. » Je suis pleine de compassion pour cette Mama, pour ce qu’elle vit, qui est peut-être ce que je m’imagine, peut-être pas du tout. Elle fait des choix que moi je n’ai pas fait et c’est bien comme cela.

Et là, en passant devant ces tables de fast food, dans ce centre commercial bruyant et agité, surgit celle que j’étais il y a de longs mois, avec mon petit bébé, tellement seule, isolée, dans son lit, prisonnière de sa chambre, en train de manger des boules d’énergie homemade et son bouillon de poule revigorant. Peut-être qu’elle aurait bien eu envie, besoin même, d’une petite virée au centre commercial, de mordre dans un burger dégueulasse, de voir les gens déambuler… Elle ne sait pas trop, en tous cas, je la vois et je reconnais combien elle a souffert dans son postpartum.

Merci à toi Mama ! Mama du centre commercial… Merci, car grâce à toi j’ai pu prendre conscience des jugements que j’ai eu sur toi. Merci, car grâce à toi j’ai pu parcourir à nouveau le chemin d’humanité de moi vers moi, de moi vers toi, de moi vers le monde. Merci, car grâce à toi j’ai pu retrouver celle que j’étais, seule et triste dans mon lit avec son petit nouveau-né.

Et j’ai pu voir qu’une fois de plus, j’ai envie de traduire encore et encore mes jugements et voir où ils m’amènent ! Et recommencer une fois de plus : « A partir de maintenant, je choisis de prendre conscience des pensées non choisies, déshumanisantes, qui m’ont été inculquées par ma culture, et de les empêcher de m’amener à des actions automatisées, violentes. » Marshall Rosenberg (1970).

Et toi ? Est-ce que tu as envie de prendre conscience de tes jugements et de les traduire ? Alors, viens faire une séance individuelle de Communication NonViolente avec moi !