Le pouvoir de la dyade

Le pouvoir de la dyade

Sur un petit banc de pierre, ils sont assis face à l’étang et tournent le dos au sentier de gravier. Un homme et une femme, ils restent là, sur ce banc, quasiment sans bouger pendant près de quarante minutes. Ce banc est au cœur du Kenroku-en, l’un des plus beaux jardins du Japon. Que regardent-ils dans cet étang, noyés au milieu d’une végétation luxuriante et soignée, pendant ces longues minutes ? Ils ne regardent pas dans l’étang, mais à l’intérieur d’eux-mêmes… Et ils se partagent ce qu’ils voient… Ils font une dyade…

Une dyade c’est un échange verbal, par deux, qui pose un cadre très clair : la première personne parle pendant cinq minutes et la deuxième personne l’écoute dans un silence absolu. Elle ouvre ses oreilles et son cœur et se laisse guider dans le pays intérieur de l’autre. À la fin de ces cinq minutes, une clochette sonne et la première personne s’arrête instantanément de parler, même au milieu de sa phrase et les deux personnes se disent merci. L’une, merci pour avoir écouté, l’autre, merci pour avoir parlé. Commence alors une nouvelle période de cinq minutes pendant laquelle la deuxième personne parle et la première personne l’écoute dans un silence absolu. À la fin des cinq minutes sonne une clochette, la deuxième personne s’arrête instantanément de parler et les deux personnes se disent merci. Et ainsi de suite, pendant quarante minutes. Ainsi, chaque personne passera quatre fois dans chacun des rôles et aura l’occasion de parler pendant vingt minutes et d’écouter pendant vingt minutes.

Et de quoi peut-on bien parler pendant ces quarante minutes ? Et bien je parle de ce qui est vivant en moi. Cela peut être mes sensations physiques, mes sentiments, ce qui m’habite juste là, ce que je vécu les derniers jours. Je peux dire ce que je veux que l’autre entende, ce qui me tient à cœur. Je laisse sortir en mots ce qui vient, comme ça vient, sans chercher avec ma tête. Il est aussi possible de poser une question au début de chaque tour pour se soutenir à se connecter à son intériorité. Par exemple : « Qu’est-ce qui est vivant en toi en cet instant ? ». Parfois, ce que j’ai entendu pendant le tour où j’écoute résonne en moi et me donne envie de rebondir sur ce sujet. Parfois, il n’y a rien qui vient, pas de mots, et je reste juste présente avec mes sensations.

Je ne sais plus quand ni par qui j’ai entendu parler de la dyade pour la première fois. Mais ce que je sais, c’est que j’ai tout de suite adoré cette pratique et que je n’ai cessé, depuis, de faire des dyades. Et cela a amené beaucoup de saveur dans ma vie.

Je crois que la dyade la plus exotique que j’ai vécue était celle dans le Kenroku-en avec mon compagnon. Nous faisons régulièrement des dyades ensemble. Quand j’ai envie d’un moment de connexion particulière. Quand je sens que la barque tangue et que j’ai envie de dire des choses qui me tiennent particulièrement à cœur. Ou quand j’ai envie de savoir ce qui est vivant chez lui. Alors je propose une dyade. C’est une manière de prendre soin de notre relation.

J’ai aussi fait beaucoup de dyades avec ma grande amie d’empathie. Des fois on s’appelle et on a toutes les deux besoin d’empathie. La dyade offre la possibilité aux deux de recevoir de l’empathie en même temps. A la fin, chacune des deux a été écoutée et nourrie. Cela a permis de créer du “ET“, comme j’aime bien en CNV.

J’ai aussi fait des dyades avec des personnes qui ne faisaient pas du tout de CNV. L’expérience la plus intense a été de sortir d’un conflit avec une personne qui ne connaissait pas la CNV grâce à une dyade. J’avais organisé avec elle (et d’autres personnes) une fête de quartier. Un profond désaccord était né et nous nous sommes retrouvées dans un café pour en discuter. Avant toute chose, je lui ai proposé de faire un “exercice“ et je lui ai expliqué les règles de la dyade. J’ai eu de la chance, car cette personne a dit : « D’accord ! ». J’ai réglé le minuteur de mon smartphone sur cinq minutes. Je l’ai laissée parler en premier. Au fur et à mesure que les tours passaient, les mots étaient moins virulents, le flot de parole moins rapide. En recevant une écoute absolue, il y a quelque chose en elle qui s’apaisait. Et ça me permettait à moi aussi d’être entendue et de m’apaiser. À la fin des quarante minutes, chacune avait compris qu’il s’agissait d’un point de vue qui ne nous empêchait pas d’être en connexion. La paix était revenue entre nous.

Faire une dyade me permet de goûter à une saveur de connexion particulière. Une dyade donne du temps, m’envoie hors du temps. Parfois je n’ai rien à dire pendant mon tour, mais c’est un temps rien que pour moi, que je peux utiliser comme je le souhaite : en silence, en mots. Quand et où dans notre monde avons-nous du temps pour juste dire et être entendu ? Imaginez que tout le monde puisse bénéficier de quarante minutes de dyades chaque jour, être entendu pendant 20 minutes pleines… Quel changement cela serait pour le monde ! Parce que souvent, nous avons juste besoin de déposer ce que nous avons vécu pendant la journée, ce que nous avons sur le cœur, et aussi de partager des joies… Ce serait comme une hygiène intérieure et relationnelle, un geste quotidien, comme se brosser les dents.

Une dyade peut se faire n’importe où, en face à face, au téléphone, sur Skype. Il suffit d’avoir quelque chose pour compter le temps, un sablier, une minuterie pour la cuisson des œufs, ou un smartphone. Sur un smartphone, il suffit de régler le minuteur sur cinq minutes et avec l’option “répéter“ il n’y a même pas besoin de s’arrêter pour faire un nouveau réglage : l’arrêt de la sonnerie est à la fois la fin d’un temps de parole et le début du nouveau.

Voilà ! Tu as tout ce qu’il faut pour commencer à pratiquer la dyade ! Envie de vivre l’expérience dans un cadre sécure ? Une séance d’empathie peut être l’occasion de découvrir le pouvoir de la dyade ! Contacte-moi si tu as envie d’essayer !