Sortir du tabou autour du deuil périnatal avec la Communication NonViolente

Sortir du tabou autour du deuil périnatal avec la Communication NonViolente

Le 15 octobre, c’était la journée mondiale de sensibilisation au deuil périnatal. Il y a un tabou sur les deuils autour de la grossesse et de la naissance. Bien-sûr je suis pour briser les tabous. Et en même-temps, j’ai à cœur de voir la pertinence de l’existence d’un tabou. On ne sortira pas d’un tabou sans en comprendre le sens. Qu’est-ce qui nous retient donc de parler des fausses couches et des deuils autour de la grossesse et de la naissance ?

Aujourd’hui, j’ai décidé de faire ma part de colibri sur ce sujet. Je suis maman d’un petit garçon de cinq mois mais j’ai eu à vivre une “quête de bébé“ qui a duré trois ans, avec trois fausses couches et un diagnostic médical qui disait que nous n’aurions peut-être jamais un enfant qui pourrait naître et vivre.

Je sais que notre nature d’être humain est de parler de ce que nous vivons avec d’autres êtres humains. Et en même temps, nous sommes tous à un endroit où vivre cette expérience naturelle n’est pas habituelle. J’ai essayé à maintes reprises de parler de ce que je vivais et presque à chaque fois ce qui me revenait en retour a été très difficile pour moi.

Alors je me dis que c’est un peu comme l’œuf et la poule : est-ce qu’il y a un tabou parce que ceux qui vivent ce deuil n’en parlent pas ou parce qu’ils ne sont pas entendus ?

Ramener à soi
Lorsque je me confiais, il ne fallait généralement que quelques courtes minutes pour que l’autre ramène à lui ce que je disais, surtout les femmes. Par mon expérience, j’ai pu voir qu’il n’y a pas beaucoup de femme qui n’ont pas une histoire difficile avec la maternité. Et cela n’a jamais été accueilli, donc quand tu ouvres cette discussion, chaque exilée qui n’a jamais été reconnue se faufile avec son histoire dans l’espoir qu’elle pourra enfin être vue… Alors j’ai eu droit à toutes les histoires de fausse-couche et d’infertilité possibles et inimaginables. Ça fait un drôle d’effet parce que d’un côté ça rapproche un court instant, l’autre a vécu une expérience similaire et peut donc te comprendre, et en même temps juste après je me sentais très seule, parce que l’autre est chez elle et n’est plus avec moi.

Rassurer
Beaucoup de personnes ont aussi essayé de me rassurer : “ Ça va aller ! Tu vas l’avoir ton bébé !“ “Regarde, moi j’ai aussi eu une fausse couche et après j’ai pu avoir un bébé ! » Là c’était vraiment difficile pour moi. C’était comme si l’autre effaçait, balayait ma réalité. Je ne me sentais pas du tout accueillie dans ce que je vivais.

Donner des conseils
Presque chaque personne à qui j’en ai parlé m’a aussi donné des conseils, alors que je n’en avais pas demandé. Ça c’était très violent pour moi. Parce que certains sont rigolos, en voici quelques un : mettre de l’eau de Lourdes sur ton bas ventre et si possible sur les testicules de ton homme (il n’a pas été d’accord…), planter des végétaux pour chacun de tes petits bébés morts, faire brûler des bougies pour eux, faire des offrandes aux cours d’eau, tremper tes organes génitaux dans une source, manger des œufs de cailles déjà fécondés, etc…

Proposer une explication à ce que l’autre vit
Comme j’avais vraiment besoin de soutien, j’ai fait beaucoup de séances de thérapie pour donner du sens à ce qui m’arrivait. Et même là, dans un espace sensé être sécure, accueillant et soutenant, j’ai vécu des choses très difficiles. Une thérapeute a essayé de m’expliquer “la théorie des problèmes avec la mère“. Elle me dit : “Avoir des problèmes avec sa mère, ça entrave le fait de devenir mère. Est-ce que vous êtes sûre d’avoir réglé tous les problèmes avec votre mère ?“ Déjà, je me sentais seule et je me disais que j’étais une des rare femme au monde qui n’arrivais pas à avoir d’enfant… En plus, j’ai commencé à me dire que j’étais une des rares femmes au monde qui avait des problèmes avec sa mère et qui en plus n’avait pas réussi les régler après 20 ans de développement personnel !

S’effondrer
Il y a un tabou sur les deuils autour de la grossesse, parce que c’est tellement difficile pour les proches d’accueillir ça. Quand tu es dans cette quête de bébé et dans le deuil, tu vois tes proches et ta famille qui sont tristes. Ils lorgnent ton ventre avec plus ou moins de discrétion. Ils ont des soupirs quand tu te confies à eux, leurs visages sont peinés, ils sont désemparés, se sentent impuissants. Alors en plus de tes propres doutes, de ta propre tristesse, de ta propre désespérance, tu te mets à porter leurs doutes, leur tristesse, leur désespérance. Des fois, tu te surprends à les rassurer, toi, c’est le comble !

Comme j’étais dans une grande vulnérabilité par rapport à ce sujet, je n’ai pas eu une seule fois les moyens de dire : “Écoute, là je n’ai pas envie d’entendre ton histoire…“ ou alors, “Je vois que tu as envie de m’aider et en même temps je n’ai pas envie d’entendre de conseils. » C’était trop difficile pour moi de m’en rendre compte sur le moment et de l’exprimer.

En fait, la plupart du temps, je me sentais plus mal après en avoir parlé qu’avant. Pour moi, selon mon expérience, nous parlons peu des deuils autour de la grossesse et de la naissance parce nous n’avons pas envie d’être confrontés à tout ça. Il y a déjà la difficulté de cette épreuve et si on ajoute à ça toutes les réactions que j’ai décrites plus haut, c’est trop ! Je n’accuse personne, je suis comme nous tous. Nous avons tellement peu de moyens pour accueillir la souffrance de l’autre et notre propre souffrance !

Alors qu’est-ce qu’on fait ? On reste là les bras croisés et on laisse pleurer tous seuls les mamans et les papas des petits bébés pas nés, ou nés et repartis trop vite vers les anges ?

Non ! Nous pouvons chacun faire notre part de colibri. Je dis “nous“, parce que c’est moi, c’est toi, c’est lui, c’est chacun d’entre nous !

Nous pouvons faire notre part, d’abord en prenant soin de nos propres blessures par rapport à la grossesse, la fertilité, la maternité et la paternité. En faisant une séance de Maïeusthésie, par exemple, pour aller rencontrer celles/ceux en nous qui ont tellement souffert et qui sont abandonné-e-s dans un coin de notre psyché.

Ensuite, si nous connaissons une femme ou un homme qui vit en ce moment un deuil autour de la grossesse, essayons de l’accueillir avec empathie. Si tu ne sais pas encore ce que c’est l’empathie, tu peux t’inscrire à une introduction à la Communication NonViolente. Si tu as besoin de t’exercer à être dans l’empathie, tu peux rejoindre un groupe de pratique dans ta région. Et en attendant, nous avons tous des capacités naturelles à ouvrir notre cœur et à écouter en silence. Pour rejoindre l’autre dans ce qu’il vit.

Et si tu vis en ce moment une quête de bébé, un deuil autour de la grossesse et de la naissance et bien sache que je suis de tout mon cœur avec toi. C’est tellement difficile ce que tu traverses. Il n’y a peut-être même pas de mots pour dire ta désespérance. N’hésite pas à me contacter pour une séance d’empathie où tu seras pleinement accueilli-e dans ce que tu vis.